Au surplus je relie le reflux de l’art avec le reflux de l’idée de Dieu dans les civilisations occidentales.
Je ne veux pas dire la cosmogonie ou les élucubrations religieuses de toutes les religions du monde, mais le sens de l’absolu.
L’ agonie de Dieu a provoqué la mort de l’art qui lui était consubstantiel.
La fonction de l’art était d’accompagner cette aspiration au sublime, et l’art est une chose très pratique et importante pour les hommes parce qu’elle dit leur vision personnelle de l’univers. Rien ne permettait mieux son expression que la représentation religieuse
A présent qu’il est tout aussi mauvais goût d’être un chrétien avoué que de se dire désolé devant les pesantes productions que nous impose le gout de monsieur Pinault, cette émancipation religieuse nous a emmuré dans un cachot de silence comme dans une tour de Siloé.
La plupart des hommes pense que pour apprécier une personne amie ou ennemie il faut connaitre ses revenus ou ses diplômes ou son caractère . Mais il y a certaines personnes, cependant–et je suis l’une d’entre elles—qui pensent que encore plus important de connaître la manière dont il conduit sa vie.
Nous pensons que la question n’est donc pas de savoir si madame la ministre de la culture ou madame l’adjointe au maire chargée de la culture apprécie les horreurs d’artistes consacrés qu’elle soutient à grand renfort de subventions publiques, mais de savoir que la manière dont elle aide la véritable création, celle qui mûrit humblement dans une chambre de bonne à Paris, en dit beaucoup sur sa vision du monde.
En fait la raison de la politique de la goujaterie de l’art moderne est très évidente. Le Blasphème est un effet artistique, et le Blasphème contre le caractère sacré de la Beauté est le premier de tous les blasphèmes parce que la Beauté est l’une des épiphanies de Dieu, avec la Sagesse et la Force .
Si quelqu’un doute de cela, qu’il s’asseye et regarde sérieusement le système des subventions aux artistes amateurs. Quoi l’art , cette étincelle divine apparaîtrait que chez les fonctionnaires des beaux-arts ? Les notables de la culture ? Qui pourrait raisonnablement croire en cela ?
Rien dans cet univers n’est plus sage que la sagesse populaire. Un homme qui s’interroge pour savoir telle œuvre est prometteuse sans lui laisser le temps de se créer est celui qui ne croira jamais qu’une œuvre humaine ait besoin de temps pour réussir.
J’ai mis quarante ans, à raison de milliers d’insomnies et consacré tous mes loisirs pour trouver enfin mon style. J’ai eu le gout de la peinture parce que je suis tombé dedans étant enfant. lorsque j’étais devenu littéralement amoureux d’un tableau de Vernet, vous savez, le peintre de marines.
L’achat (ruineux à l’époque pour mon porte-monnaie ) d’une reproduction n’ayant pas comblé mon désir de posséder « la chair » du tableau –je veux dire les coups de pinceau, les empâtements et les traces des regrets qui font véritablement la matière du tableau , j’ai voulu le reproduire, persuadé – avec raison- que la seule manière de bien comprendre un artiste, est de le copier.
Aurais-je été plus vite si on avait reconnu un peu d’intérêt à ce que je faisais il y a des années avant que devant les échecs, j’abandonne mes toiles pour passer mes examens de droit et dans la foulée mes concours ?
Personne ne le saura jamais.
Mais ce que je constate c’est que sur la durée combien de peintres qui auraient pu enrichir le monde ont été relégués à faire comme moi au profit de ceux qui disposaient d’une fortune personnelle ou d’amis puissants susceptibles de les aider à long terme ?
Celui qui compte sur la politique opportuniste du ministère de la culture est comme un homme qui doit abandonner une carrière sportive parce qu’il n’a pas réussi à marquer un but a la première rencontre ou un point au premier assaut.
Il y a un temps pour toute conception humaine ou intellectuelle . Il faut donner à chacun sa chance. Il n’y a rien de plus meurtrier pour la création artistique que cette énorme importance attaché à la victoire immédiate.
En réalité Il n’y a rien qui échoue comme le succès.