je sais bien

je sais bien ce que vous pensez: vous vous dites « ce monsieur fait semblant de deviser sur un tas de sujets mais au fond ce blog n’est fait que pour lui, il se parle à lui même pour dire à quel point il est intéressant et toutes ces lignes sont une sorte d’autocélébration« .

Je sais que vous penserez que lorsque j’écris qu’il y a beaucoup à admirer chez une personne ordinaire, c’est que je parle pour moi, et je ne saurais vous donner tort.

1 (43)On reproche aux gens de parler d’eux-mêmes. C’est pourtant le sujet qu’ils traitent le mieux. Ils s’y intéressent et ils nous font souvent partager cet intérêt.

Rarement un artiste est si bien inspiré que lorsqu’il se raconte, se sculpte ou se peint.

Il n’y a pas plus de critique objective qu’il n’y a d’art objectif, et tous ceux qui se flattent de mettre autre chose qu’eux-mêmes dans leur œuvre sont dupes de la plus fallacieuse illusion.  La vérité est qu’on ne sort jamais de soi-même. C’est une de nos plus grandes misères. Nous sommes enfermés dans notre personne comme dans une prison perpétuelle.

Ce que nous avons de mieux à faire, ce me semble, c’est de reconnaître de bonne grâce cette grotesque condition et d’avouer que nous parlons de nous-mêmes chaque fois que nous n’avons pas la force de nous taire.

Je ne crois pas qu’il faille être extraordinaire pour avoir le droit de dire ce qu’on est. Je crois au contraire que les confidences des gens ordinaires sont bonnes à entendre.

Mais vous aurez tort de sourire si vous ne me laissez pas le temps de m’expliquer. Car ce que j’admire –ce que nous admirons tous en réalité – c’est à travers chaque expérience individuelle  l’universalité de la pensée et de la puissance de l’esprit humain.

Nous sommes obligés, malgré la superficialité  de notre esprit, de reconnaître la parenté qui lie ces  autres intelligences à la nôtre et de saluer en elles…. nous mêmes.

Peut-être ai-je l’air de dire des choses que tout le monde sait : il n’est pas inopportun, de les rappeler, car si beaucoup de ces choses connues de tout le monde, elles sont aussi bien de celles auxquelles presque personne ne pense.

 Nous avons besoin être heureux dans ce pays des merveilles.

1 (32)Avec plus ou moins de maladresse, des millions d’habitants de cette terre ou j’habite , peintres, sculpteurs ou musiciens amateurs, tentent de façonner des choses de beauté.

J’ai été élevé dans ces travaux humbles et simples par les petites créations de mes parents, l’un écrivait, l’autre sculptait, dont je suis seul à garder le souvenir. Et ces modestes créations m’inspirent de la joie.

Quand je n’existerai plus, elles seront comme si elles n’avaient jamais été.

il en sera de même pour ces tableaux auxquels j’attache tellement d’importance.  Mais en attendant mon âme est toute pleine de ces modestes reliques. Ces pieux restes, qui seraient si méprisés par les personnes importantes traduisent un miracle permanent que personne ne soupçonne. La recherche permanente de la beauté, la face cachée du bonheur.

L’une des plus belles phrases que je connais est celle ci, de Descartes  » L’homme n’est qu’un roseau, le plus faible de la nature ; mais c’est un roseau pensant. L’univers n’a pas besoin de  s’armer tout entier pour l’écraser : une vapeur, une goutte d’eau, suffit pour le tuer. Mais, quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que ce qui le tue, puisqu’il sait qu’il meurt, et l’avantage que l’univers a sur lui, l’univers n’en sait rien.

Je ne crois pas qu’il faille être extraordinaire pour avoir le droit de peindre ou de sculpter. Je crois au contraire que les créations des gens ordinaires sont bonnes à entendre, voir et admirer. Leur vie est obscure, leur âme est naïve mais le peu qu’ils ont  fait a embelli l’univers.

Le geste d’art qu’ils font,  dans l’ignorance générale, est la plus héroïque des justifications de l’homme dans ce monde parce qu’elle est gratuite.

Gratuite, entendez vous messieurs Arnault,  Pinault et vos semblables?

Tout le reste, vraiment tout le reste, l’argent, la gloire, la position sociale,  le pouvoir que nous accumulons frénétiquement dans cette vie terrestre et que nous laisserons bientôt à d’autres, se résume dans cette comptine qu’on chante aux petits enfants ;

« Ainsi font, font, font les petites marionnettes

Trois petits tours Et puis s’en vont. »

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