Je comprends bien qu’il est indispensable aux visiteurs de mieux comprendre mes choix créatifs, ce qui m’a influencé et de donner un aperçu du processus de réflexion.
En contrepoint, je ne pense pas être le plus pertinent pour expliquer la substance dont je ne me considère que comme le traducteur.
L’auteur
Jadis les gens du peuple n’étaient connus que par un sobriquet tiré de leur profession, de leur pays, de leur conformation physique ou de leurs défauts et qualités morales.
J’ai choisi Thorn (épine en Anglais) pour signer mes œuvres en hommage à d’humbles mais superbes arbrisseaux : l’églantier et l’aubépine. Ces plantes épineuses croissent abondamment dans les terres incultes comme la forêt de Fontainebleau. Elles offrent donc à la fois un emblème naturel de la désolation mais aussi de la terre vierge non labourée.
Lorsque j’étais enfant, un peintre professionnel m’a encouragé à développer mon don pour le dessin. Je n’ai pas suivi d’études d’art classique et tout bien pesé je m’en réjouis : spiritus flat ubi vult (l’esprit vole ou il veut).
La charlatanerie et la bonne volonté artistiques ne suffisant pas à vivre pendant ma jeunesse, les circonstances de la vie m’ont ramené aux réalités et aux responsabilités de la vie. J’ai choisi une voie professionnelle plus confortable et moins aléatoire.
Pendant cette longue vie, à aucun moment je n’ai cessé mes recherches d’arts visuels, convaincu que je ne différais qu’à cause d’un épisode alimentaire prosaïque, l’attraction de la création.
Le style et la syntaxe
Je ne peux pas dire que je suis formé en autodidacte , parce que j’ai eu pour professeurs les plus grands artistes décorateurs des XVIIe / XIIIe siècle (Ledoux, Meissonier , Jaquet ,Cochin ou Lajoὒe), dédiant pendant des années mon temps et mon énergie à copier leurs œuvres pour en comprendre le sens.
j’ai logiquement été amené à m’intéresser très longuement au rapport que la décoration sculptée entretient avec l’architecture, tant sur le plan pratique que théorique. Au XVIIIe siècle, un bon architecte est aussi un bon dessinateur d’ornements et possède une excellente formation dans les arts libéraux.
Le fait que l’ornementation (chapiteaux, profils, frises, trophées, guirlandes) en grande partie héritée de l’Antiquité constitue une partie consubstantielle de l’architecture joue un rôle essentiel : pour atteindre la perfection, ornement et structure doivent concourir à l’effet d’ensemble.
C’est donc la recherche d’un style qui a été primordiale pour moi.
La forme et l’alphabet
Toute œuvre artistique doit porter une singularité qui est très largement une construction de l’ esprit. Pourtant, la plupart du temps je ne me considère que comme un interprète des scènes étranges que je vois quand je suis dans un état de la conscience modifiée proche de l’endormissement. J’essaie de les reproduire du mieux que je peux.
Assez curieusement elles correspondent aux travaux somnambuliques de Théophile Bra (1797–1863), ou à l’œuvre d’Augustin Lesage (1876 – 1954) truffés d’idéogrammes étranges, de spirales, de flèches et de figures mystérieuses. Ils sont considérés comme fous et illuminés, ce qui devrait m’inquiéter particulièrement.
Le fond et la grammaire
Ma pratique artistique gravite autour du thème de mondes inexplorés et de la nature réelle de la conscience.
Je ne peux me satisfaire que personne ne parvienne pas à expliquer scientifiquement et incontestablement l’univers et la manifestation de la vie.
Chaque principe cosmogonique qu’on croyait démontré ces dernières années est remis en cause par les découvertes de la technique (télescope James Webb, sondes spatiales) et des nouvelles voies ouvertes par la physique quantique. Dans le cosmos observable il n’existe pas de postulat, en raison de l’impermanence des formes et l’intuition artistique peut tout imaginer.
On ne peut s’intéresser à la cosmogonie sans tomber sur les calculs mathématiques. Je ne crains pas de dire qu’à mon désespoir, je n’y comprends rien. Mais les conjectures, les théorèmes posés ont une troublante élégance artistique. La vie des grands mathématiciens, largement ignorée du public est souvent une recherche d’absolu qui ne pouvait que m’intriguer.
Je ne pouvais donc qu’aboutir au mystère du cas de Srinivasa Ramanujan, mathématicien indien, qui a découvert, alors qu’il n’était qu’un enfant sans éducation, des dizaines de formules mathématiques et qui n’ont été vérifiées qu’un siècle après à l’aide de supercalculateurs électroniques.
Pour s’en tenir au seul domaine des mathématiques (on pourrait prendre celui de la musique ou de l’informatique) , le nombre de génies très précoces est impressionnant ( parmi des dizaines Blaise Pascal, Thomas Edison ,Jacob Barnett, Taylor Wilson ou le célèbre Young Sheldon). Encore n’est ce que le hasard qui les a fait connaitre, et le nombre des enfants nés avec ce potentiel reste ignoré.
Je suis étonné, voire irrité que personne ne songe à s’interroger avec une rigueur scientifique sur ces cas : d’où provient ce savoir qui semble inné ? D’où dérive l’intuition sous toutes ses formes ? Simple configuration du potentiel intellectuel, haute sensibilité du cortex préfrontal, accès à des données universelles, voire réincarnation ? Il n’existe aucune étude dans aucun pays sur ce sujet semblant n’intéresser personne.
Chaque effet permet pourtant de remonter à une cause et chaque cause produit un effet.
Ma peinture est surtout une écriture : je vous ai donné l’alphabet, la syntaxe et la grammaire, à vous de comprendre le sens .






















